Semaine 5 : Deja au quart de mon sejour au Kenya !

Publié le par Manon

Semaine 5 : Deja au quart de mon sejour au Kenya !Semaine 5 : Deja au quart de mon sejour au Kenya !

Lundi : Aujourd'hui, je suis ton ombre, dis-je a Rebecca. J'ai decide de me lever aux aurores, comme elle, pour experimenter "une journee dans sa peau" ! Ils n'en reviennent pas en me voyant debout a 6h15, alors que d'habitude, je "traine" jusqu'a 8-9h... La journee commence donc par la traite de la vache. Depuis l'Australie, je suis une experte dans le domaine (dit la fille qui a trait UNE vache deux minutes a tout casser), mais apparement cette vache ne se laisse traire que par Rebecca, et bon, ca aurait quand meme ete dommage de mourir battue par une vache le lendemain de mes 25 ans, du coup je me suis contentee de regarder. Ensuite, j'assiste en direct au "schplok schplok" dont je me demandais tous les matins "pourquoi ?", dans mon demi-sommeil. Et donc, le pourquoi du comment : tous les jours, rebecca balance de l'eau un peu partout sur le sol de la maison,. pour eviter la formation de poussiere, et l'arrivee d'insectes. Ahhhh, okay. Ensuite elle passe le "balai". Faut voir ca. D'une main elle souleve la table (bon d'accord, ce n'est pas une table en massif, mais QUAND MEME !), de l'autre elle passe le plumeau dessous. Puis elle me demande de balayer l'etable. Bon, pour moi, balayer une etable, ca me donne un peu l'impression de devoir balayer une plage pour la debarasser de son sable, je ne pige pas trop le concept, a mon avis, les vaches s'en foutent un peu qu'il y ait de la poussiere dans leur etable, mais ca, c'est surement parce que je suis une feignasse. Je ne discute pas, je m'y mets. En me voyant galerer avec les bouses de vaches, elle me conseille de les prendre directement avec les mains. Euh...avec les mains, c'est-a-dire ?! elles ne sont pas seches...!!! Et alors, qu'elle me demande. Ah, okay. Bon, okay. Je prends ma respiration, et je les prends dans les mains. Effectivement, elles ne sont vraiment pas seches, c'est immonde. J'ai beau me dire que ce n'est que de l'eau et de l'herbe melangees...beurrrrkkk ! Puis il faut ramasser la poussiere regroupee a l'entree, a l'aide d'une bassine fendue de partout. J'ai l'impression que c'est un jeu de centre aere : reussir a mettre la poussiere dans la bassine et parvenir au compost en en renversant le moins possible ! Puis j'ai gagne le droit de prendre une douche. Heureusement car je pue la bouse de vache. Apres la douche, c'est le premier the de la journee (qui en comptera beaucoup). Comme d'hab, je dois attendre trois heures qu'il refroidisse avant de pouvoir le boire, ce qui fait mourir de rire tous les africains. Sur ce une vieille du village arrive et inspecte l'etable. Elle me felicite, c'est tres bien fait ! Je ne sais pas si c'est vraiment si bien fait que ca, ou si elle est juste impressionnee qu'une mzungu puisse nettoyer une etable de ses merdes de vache. Sinon je pourrais peut-etre m'etablir comme nettoyeuse d'etables, qui sait.

Puis vaisselle d'hier soir. Bon, la vaisselle au Kenya, il faut pas etre trop nac quand meme hein. Une bassine avec la vaisselle sale, dans laquelle on nettoie avec une "eponge" (un bout de plastique) degueulasse qui traine dans un pot en plastique plein de sable (je comprends seulement aujourd'hui pourquoi : le sable sert a gratter les trucs qui collent) et un savon qui sert a peu pres a tout (vaisselle, douche, lessive, etc...) et qui traine par terre (ou les poules chient, la vache pisse etc...). Une deuxieme bassine pour rincer. Et une troisieme pour faire secher. Bref, pour l'instant je n'ai pas encore ete malade, je touche du singe !

8h15, deuxieme tasse de the, puis on va couper l'herbe pour les vaches. Moi je ramasse du bois pour faire la cuisine (tache des gosses normalement) pendant que Rebecca coupe l'herbe pieds nus (moi je suis en converses, car j'ai peur des serpents "very dangerous" qui arpenteraient la montagne).

10h15 : retour des champs. Troisieme tasse de the. Puis Rebecca se met "au travail". Bah oui, parce qu'avant, c'etait pour le plaisir bien sur. Elle va donc s'enfermer dans sa chambre de 2m carres qui sert egalement d'atelier de couture. Je me mets egalement au travail et reecris la chute de mon dernier article, que je dois renvoyer dans la semaine a cosmo.

14h : Quatrieme tasse de the, et bol de riz, puis reprise du travail, interrompu de temps en temps par les voisins qui debarquent pour acheter divers trucs (on a un petit stand dans la maison pour vendre allumettes, savons, trucs a bouffer, etc...).

17 h : cinquieme tasse de the (une tasse de the = 3 tasses de the). Malheureusement, Omo a renverse le the, du coup, c'est tout pour aujourd'hui. Rebecca sort ": dieu nous aidera a avoir du the demain". Moi : euh non...concretement, c'est la vache qui nous aidera a avoir du the demain. Rebecca : Manon, parfois tu me fais tellement rire !

18h30 : elle rentre les vaches (en fait c'est moi qui vais les chercher, enfin un truc que je sais faire !, et elle qui les attache, car mon cerveau semble avoir atteint son quota de noeuds, impossible de retenir son putain de noeud, je ferais bien un noeud d'equitation, mais non, ca ne va pas !). Puis elle prepare le repas.

20h : repas. Ruth est impressionnee que j'ai trouve un chemin pour rentrer a la maison, depuis l'autre montagne (rando samedi), sans repasser par en bas. Elle me dit : mais qui t'a montre le chemin ?! Ben...personne ! (Dieu, j'aurais du dire !).

Mardi : Realisation du jour : j'ai horreur d'etre transportee de stands en stands, comme un vulgaire sac a patates, en disant bonjour a tout le monde, sans savoir ou on va, ni pour faire quoi. Visite de la ferme de l'universite. On met une heure pour faire 500 metres entre l'universite et la maison du mec qui me fait visiter. D'abord on achete des frites a un premier stand. Puis on va dans un autre stand pour acheter un soda. Puis on s'arrete dans un troisieme pour boire du porridge. Puis on s'arrete dans un 4eme, 5eme,...12eme stand, pour discuter avec l'un et l'autre. Quand enfin on arrive a la maison du mec, sa femme n'est pas la, et il faut attendre que le neveu arrive en courant avec la cle. Pendant ce temps la, bien sur, les frites refroidissent. Je vois qu'on n'a pas les memes priorites entre francais et kenyans : j'aurais prefere manger des frites chaudes avec les mains et a meme le plastique, assise par terre dehors mais non, j'ai mange des frites froides, avec une fourchette, dans une assiette, assise sur un canape. Ils n'ont pas le sens du sacre pour les frites.

Autres realisations du jour :

- en france, les cles sur les vieilles armoires, c'est juste de la deco. Et ben ici, on ferme vraiment a cle, et on cache la cle. On ne sait jamais, des fois qu'un voisin viendrait voler une assiette. Mais du coup ce n'est pas pratique : ben ouais, a chaque fois que quelqu'un arrive, et qu'on veut lui servir le the, ben il faut aller chercher la cle pour sortir un verre.

- ici aussi on cache les cles sous les grosses pierres !

- heureusement que j'ai un "projet personnel" (faire un livre de photos sur les gens de la region, avec un questionnaire sur leur vie et vision de la vie) parce que sinon, je ne sais vraiment pas ce qu'on se serait dit tout le temps que j'etais chez le mec ! Maintenant que Miksu n'est plus la, je dois faire la conversation toute seule, et ce n'est pas facile ! Bon, le probleme c'est que les gens repondent pratiquement toujours la meme chose, et que les photos de personnes, avec mon appareil photo, c'est pas top (la personne a change dix fois d'expression entre le moment ou j'appuie sur le declencheur et le moment ou la photo est prise...). Mais bon, peu importe si je fais tout ca pour rien...au moins ca m'occupe !

Mercredi : Visite d'une ecole maternelle. Elles sont deux instit' pour une classe de 30. La classe a lieu dans une eglise. Elles font cours a l'entree de l'eglise, les gamins assis-allonges par terre. Au fond de l'eglise, du cote de l'autel, une deuxieme classe de 40 gamins. Manque de salles de classe. Il creve de chaud, ca piaille, on ne s'entend pas parler. L'activite du jour : les instit balancent des bouts de carton par terre, sur chaque bout de carton, une lettre de l'alphabet. Les marmots doivent reperer A-B-C et les mettre dans l'ordre. Sur les 30, il doit y en avoir deux qui dont l'exercice (mais ils font n'importe quoi, of course, ils ont trois ans). Le reste se cure le nez, se roule par terre, jouent avec leur voisin. Pendant ce temps la, les instit discutent, boivent leur the, et consultent leur telephone. Bref, pas violent le metier d'instit' au kenya. Apres le repas chez l'une des instit, je vais sur internet. Mais c'est tellement lent que ca m'enerve, je pars avant d'avoir reussi a consulter le moindre mail. Puis j'attends dans un matatu une heure avant qu'il ne demarre. Journee prise de tete. A un moment, j'en ai vraiment marre, je dis au chauffeur : bon, on part bientot ? Il me repond : On attend une derniere personne (bah oui, on etait que 22 pour 11 sieges, on pouvait encore faire rentrer au moins 7 autres personnes, selon le point de vue kenyan). Je lui fais remarquer : vous savez que ca fait 20 min qu'on attend une derniere personne, avec le moteur qui tourne, et qu'au final, en attendant comme ca, vous perdez plus d'argent que vous n'en gagnerez avec une personne supplementaire ?! Mon argument semble le percuter car on se met en route. Pour s'arreter 30 metres plus loin a la pompe a essence. Bah oui forcement, a laisser tourner le moteur a l'arret... Heureusement, une fois dans ma montagne, je mange deux pepitos (fondus) pour me remettre d'internet qui ne marche pas et du matatu qui ne demarre pas.

Jeudi : Retour sur internet pour faire tout ce que j'ai a faire. J'ai enfin une reponse d'un organisme de tourisme equitable ! Affaire a suivre ! Croisez les doigts pour moi ! La meuf de cosmo m'appelle pour parler de la fin de mon article. Elle commence son appel par "wouah, c'est magique, ca marche ! Alala, je vous envie trop, decrivez moi un peu autour de vous !". Je ne sais pas a quoi elle s'attendait, surement a "alors a ma gauche, y'a un troupeau d'elephants, et a ma droite, des massais en train de chanter et danser". Mais non. En fait, je suis dans un cyber cafe, sur un ordinateur qui va encore moins vite que chez moi dans ma foret en 1990. Dans le matatu de retour, mon voisin me demande soudain : tu manges des bananes ? Bon, certes, une femme venait de passer avec un panier de bananes sur la tete, donc ca ne sort pas non plus de nulle part, mais quand meme, je n'imagine pas demander a mon voisin dans le metro lillois s'il mange des bananes, sous pretexte qu'il est etranger. J'aurais du lui repondre : non. D'ailleurs, nous les blancs, on ne mange pas du tout, comme les vampires. Tu connais Edward Cullen ? C'est d'ailleurs pour ca qu'on est si riches : comme on n'a pas besoin de manger, on fait des economies. C'est aussi pour ca qu'on ne supporte pas le soleil et qu'on crame : les vampires ne sont pas habitues a la lumiere du jour". Non mais franchement, les gens me font rire ici (quand ils ne m'exasperent pas).

Vendredi : Enfin, apres un mois ici...j'ai fait un truc utile ! J'ai donne deux cours d'anglais, un premier a partir d'un texte sur les droits de l'homme, et un second a partir d'un texte sur le sida. Le premier cours, 60 eleves, 3 livres. Je suis censee faire une comprehension ecrite. Ca devient donc une comprehension orale. Mais les trois eleves qui ont le livre (les autres livres ont ete perdus les annees precedentes) lisent tellement bas qu'on n'entend rien. On n'entend par contre tres bien le prof de la salle d'a cote qui hurle son cours (bah oui, y a pas de plafond alors forcement). Puis le deuxieme cours, sur le texte du sida, se tranforme peu a peu en seance d'information. C'est fou, ils ne savent vraiment rien sur le sujet ! Du coup enfin, j'ai l'impression de servir un peu a quelque chose (plus en tout cas qu'en leur "enseignant" l'anglais avec mon accent de merde). Le soir, je fais ecouter mon mp3 a Rebecca. Elle ecoute the callings, puis benabar, et decrete que c'est la meme chose que la musique africaine. Euh...okay, dans tous les cas c'est de la musique, mais a part ca, je ne vois pas de point commun entre du rock, de la variete francaise, et leur musique de merde qui m'horripile des 5h30 du mat !!!

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