Semaines 17 et 18 : Dernières semaines à Emanaka (mis à jour !)

Publié le par Manon

Je pourrais raconter la semaine du mardi 20 mai au samedi 24 mai rien qu'en vous décrivant le menu (c'est la seule chose qui compte) :

Mardi soir : SPAGHETTIS BOLO. Je n'en crois pas mes yeux. Alleluia.

Mercredi matin : chocolat chaud. Saucisses. Sandwich grillé avec je ne sais quoi dedans. (Je tape quelques articles sur l'ordinateur de la salle de français. Le midi, je rencontre quatre élèves 30 minutes pour travailler la lecture et la prononciation).

Mercredi midi : Spaghettis bolo. Je mange toute seule chez la prof de français qui m'accueille chez elle pour la semaine. Je profite d'être toute seule pour me resservir trois fois. Je fais la vaisselle, histoire de ne pas être une petite princesse. Je fais tomber le plat de viande dans le frigo. Je nettoie le frigo...

Mercredi soir : Poisson et ugali (bon trois repas sans ugali, c'était déjà pas mal...). (Passé l'aprem à taper tous les articles que j'ai écris sur un petit carnet dans ma montagne pendant ces quatre mois, et lu quarante magazines en français (qui datent de 2002 mais on s'en fout)). Goûter de fou donc plus trop faim pour le dîner. C'est la première fois au Kenya que j'ai droit à un goûter.

Jeudi matin : oeufs, tartines, chocolat chaud, jus de mangue. (Passe la journée à rencontrer les élèves sur de courtes périodes, à les écouter faire des exposés sur des sujets passionnants comme "ma matière préférée", "mon acteur préféré" (toujours Will Smith, à croire que c'est le seul acteur black !), "la personne que j'admire le plus" (toujours leur mère ou Barack Obama qui selon eux est Kenyan alors que non, c'est juste son père qui était Kenyan, bref).

Jeudi midi : beans et riz. Mon assiette déborde. Je me pète le bide comme jamais. J'ai 4 mois de malnutrition à rattraper. (Je passe l'aprem à regarder des épisodes de la saison 1 de Game of Thrones. Merci mon dieu, enfin une série avec de bons acteurs.

Jeudi soir : poulet-riz. Les mots me manquent.

Vendredi matin : Donught. Oeufs. Chocolat chaud. (Comme internet ne marche pas, on prend un matatu pour faire 10 km pour aller donner en mains propres des documents imprimés. Bien tombé, il a fallu que je vienne pile la semaine où internet ne marche pas. Moi qui pensais squatter toute la semaine !).

Vendredi midi : Riz-viande pourrie-chou. Repas typique kenyan. (On se retrouve au garage du mari de la prof de français, à attendre une heure assises sur une chaise qu'il veuille bien nous ramener).

Vendredi soir : chapatis, viande en sauce et patates.

Samedi matin : chapatis, oeufs, chocolat chaud, jus d'ananas.

Vous ne comprenez peut-être pas pourquoi j'ai détaillé mon menu de la semaine. Sachez que ce menu est un menu exceptionnel, et qu'après 4 mois de diette, je me suis sentie revivre, redécouvrir de nouvelles saveurs, c'était juste MERVEILLEUX !!! Bref, vous ne pouvez pas comprendre.

Samedi donc, retour à Luanda, je passe deux heures au cybercafé ! Plus d'une semaine sans connexion tout de même ! Puis je passe l'aprem à essayer de joindre le guide Eric, qui est censé organiser le voyage avec mes parents (et à qui nous avons versé déjà 75% du voyage bien sûr), sur les quatre numéros que j'ai de lui. Y'en a pas un qui marche. A chaque fois pour des raisons différentes : your call cannot reach. The number is not existing anymore. It is impossible to join this person. Magnifique. On s'est fait enculés en beauté. J'essaie de me rassurer en me disant que sur le forum du routard (là où on a trouvé ce guide), les gens disaient que parfois avant le séjour ils n'avaient plus de nouvelles mais que pour finir tout se passait bien, mais impossible de me rassurer. Je suis persuadée qu'on s'est fait arnaqués, ou qu'il est mort.

Ah oui, alors un truc drôle aussi. Au Kenya, quand les élèves sont en retard en classe, ils doivent attendre à l'entrée de la classe, A GENOUX, puis quand le prof décide qu'ils ont assez attendu, ils peuvent aller s'asseoir, mais toujours en marchant sur les genoux, jusqu'à leur chaise !!! En France, tu fais faire ça à un élève, tu voles en prison. Dommage... :p

Dimanche (25 mai) :

Aujourd'hui j'essaie encore de joindre le guide. Toujours rien.

Franchement, si on n'a plus de nouvelles de lui et que mes parents décident de ne pas venir (puisqu'en ce moment il y a une bombe qui pète toutes les semaines, et qu'on ne va quand même pas repayer un deuxième voyage !), qu'est-ce que je vais bien pouvoir foutre trois se,aines de plus ?! Moi qui me réjouissais qu'il ne me reste plus que 7 jours à tenir ici ! Si on me rajoute deux semaines de plus, c'est le drame, une torture ! Si je reste ici plus longtemps, je vais finir par mettre en application une des deux idées soufflées par Damien : 1/ égorger Ruth avec les ongles de la patte d'une poule qui aura chié sur mon lit ou 2/ faire une manifestation en mode Femen avec Fuck God écrit sur mes deux petits seins. Alors je me demande, est-ce que j'en ai marre au point de dépenser 600 euros pour rentrer deux semaines plus tôt ? Non. De toutes façons, j'en ai marre depuis le début presque. Je peux tenir deux semaines de plus. J'ai tenu quatre mois.

Ma mère m'appelle, je me mets à chialer, et à la supplier de ne pas me laisser toute seule ici deux semaines de plus. Qu'ils viennent quand même, au pire je les ferai visiter autre chose !

Dernière journée de glande. Je lis. Je fais un peu de tai-chi. Et je glande avec Rebecca (qui elle ne glande pas, of course). Passe une heure à enlever les tiges des feuilles de sukuma. Je ne sais toujours pas ce que c'est que ce légume, alors que j'en bouffe depuis quatre mois. Dernier coucher de soleil sur mon rocher. Et voilà, une journée de passée. Parfois le matin en me réveillant, je me surprends à compter combien d'heures il me reste à occuper avant de retourner me coucher...Si vivre dans une hutte sans électrécité était marrant les deux premiers mois, y'a longtemps que cela ne m'amuse plus. En fait, c'est un peu du camping, mais sans les avantages du camping (la liberté, la vue sur le paysage, le ciel étoilé, la tranquillité...). Je persiste à penser que je dormais mieux en Australie. Dans la maison de la prof de français la semaine dernière, je me suis émerveillée de voir un évier, de l'eau qui coule du robinet, des boutons pour allumer la lumière au lieu de tourner ma torche pendant 107 ans pour avoir 15 secondes de lumière, de prendre une douche les pieds à plat sur du ciment, plutôt qu'en équilibre sur deux cailloux, bref.

Lundi : J'étais en train de discuter par textos avec ma mère, à propos d'une situation de secours pour notre voyage peut-être tombé à l'eau quand enfin, je reçois un texto d'Eric ! Alleluia !

Aujourd'hui, j'accompagne Ruth et les enfants à l'école. A la base je voulais faire comme avec Rebecca et suivre un gosse toute la journée pour faire "24 h dans la vie de..." mais Ruth n'a pas compris. Bref du coup à 14h, je me suis cassée, pour aller rejoindre Rose, la connasse de KVDA, qui m'avait donné rdv à 15h, pour "un entretien d'évaluation du projet". Bien sûr, à 15h, je suis devant la banque et oh surprise, il n'y a personne ! Comme c'est étonnant. Bien sûr; il se met à pleuvoir. Du coup, les gardes de la banque me font entrer dans la petite salle où les gens retirent du fric et me font asseoir sur une chaise, à côté d'eux. Je me suis donc assise pendant une heure avec trois gardes, qui m'ont même filé un journal, pendant que les gens allaient et venaient pour retirer du fric devant nous. Je lis un article passionnant, intitulé :"pourquoi ce sont toujours les catholiques qui remportent la coupe du monde ?. Et donc selon l'auteur, diverses explications : 1/ le signe de croix et les prières des joueurs et spectateurs aideraient les équipes. 2/ Dieu récompenserait les pays dans lesquels il y aurait beaucoup de gens qui croient en lui. Non mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre (lire) sérieux !

A un moment, j'allais partir, la pluie s'était arrêtée, et j'étais stressée car un des gardes était assis avec son fusil pointé vers moi. Un autre garde me dit : "non reste encore un peu ! Il pleut toujours et aujourd'hui tu es mon invitée !". Je dis donc okay, mais l'autre tourne son fusil de l'autre sens alors ! Ils éclatent de rire. Ah mais c'est pour ça que tu voulais partir ! Fallait le dire ! C'est sans danger, y'a la sécurité, qu'ils disent. Ouais bah on ne sait jamais. Un tremblement de terre et hop, la sécurité se barre et je suis morte. Ils rigolent. Finalement, à 16h, je pars, de peur que la banque n'explose. Rose n'est toujours pas là. Je passe au supermarché m'acheter un twix. Resisté quatre mois mais là je ne peux plus. J'envoie un texto à Rose pour savoir dans combien de temps elle sera là. 40 minutes. Elle se fout de ma gueule sérieux ? Il y a 45 minutes de Kisumu, elle est partie il y a 5 minutes ou quoi ? Putain mais c'est pas possible sérieux, t'as rendez-vous à 15h, tu pars pas de chez toi à 15h !! Oui je sais, les différences culturelles, tout ça, mais putain, fuck les différences culturelles !!! T'as rendez-vous à 1h de chez toi, c'est de la PURE LOGIQUE qu'il faut partir de chez toi une heure avant, non ?!!! C'est pas de sa faute soi-disant, la pluie, les flics, les matatus... Ouais ouais... Je vais acheter mon billet de bus pour Nairobi vendredi. Je passe encore une heure à attendre assise dans leur bureau et finalement à 18h pile poil je me casse. J'ai attendu 3h. Pour rien. Je n'y crois pas. Pour me consoler d'avoir attendu si longtemps, je m'achète des frites. Si j'avais su qu'elle mettrait autant de temps à arriver, je n'aurais jamais attendu ! Jusqu'au bout; elle me dit : attends moi, j'arrive bientôt ! "Bientôt", pratique ce mot ! Finalement, elle arrive 5 minutes après que je sois partie. Elle ne comprend pas que je ne l'ai pas attendue. Non mais laisse moi rire. T'inquiète pas ma fille, l'évaluation, je vais la faire à Nairobi, et elle va être salée...

Quelques commentaires sur ma visite de l'école :

- c'est marrant parce que l'école primaire est toute pourrie, et juste à côté, y'a une école de théologie flambant neuve. Normal j'ai envie de dire, vu que tous les pauvres filent du fric à la messe tous les dimanches. Donc ils ont les moyens. Faut pas s'étonner après qu'il y ait autant de monde pour étudier la théologie...

- les posters sur les murs des classes des écoles, ce sont des sacs à patate (en maille plastifiée) sur lesquels on a dessiné au feutre. Moi par exemple, j'ai dessiné un poster sur les animaux domestiques. Tout le monde a été impressionné par mes talents de dessinatrice : y'avait 15 gosses et 3 instits derrière mon dos qui me regardaient faire. J'avais l'impression d'être Vincent Van Gogh.

- j'ai assisté à la "parade" (qui a lieu tous les lundi matin et vendredi soir pour lever et baisser le drapeau kenyan). Je me suis crue à l'armée l'espace d'un instant. Enfin, ça m'a fait pensé à l'armée, ET à la parade des éléphants dans le livre de la Jungle. C'était un des gosses un peu plus âgé que les autres qui dirigeait les mouvements de tout un groupe de gosses (marche avant...stop ! Un pas en arrière...).

- l'apprentissage en Afrique ne se fait QUE par répétition. Three, like a butterfly (répétez quarante fois. Allez maintenant récré ! Après on fera (peut-être) le chiffre quatre wouhou !).

- quand un gosse va au tableau et écrit une bonne réponse, il pose les mains sr les hanches et de dandine de gauche à droite, pendant que toute la classe chantonne "well done, well done, try again an other time, good girl/boy)". Résultat, les gosses passent plus de temps à chanter ce refrain débile et à se dandiner qu'à apprendre des nouveaux trucs.

- Je me demande si au Kenya il n'y a que trois lettres dans l'alphabet et trois chiffres pour compter parce qu'à chaque fois que je vais dans une école (depuis quatre mois), ils travaillent sur les lettres A B et C et sur les chiffres 1 2 et 3. Certes, ils sont pauvres, ils n'ont pas forcément besoin de savoir compter au-delà de 3, mais tout de même...

- au moment de repartir de l'école, une prof me sort : "mais tu vas savoir retrouver la maison toute seule ?". Non non, j'ai 25 ans mais je ne sais pas rentrer toute seule chez moi. Y'a des gosses de 4 ans qui descendent de la montagne tous seuls pour aller à l'école, mais moi ce n'est pas pareil, je suis blanche, et c'est bien connu, en Europe, tous les blancs ont un esclave noir pour leur montrer le chemin jusque chez eux, ben oui, les blancs étant trop occupés à compter leurs millions de dollars, ils ne peuvent pas en même temps regarder où ils marchent et retenir leur chemin. Bref.

Mardi. Aujourd'hui, je me fais faire des tresses africaines. La meuf passe trois heures et demi à me tresser les cheveux puis 30 minutes à attacher des élastiques au bout des tresses. Sauf que moi je n'ai pas des cheveux d'africaine. Résultat, entre temps, le bout des tresses s'est défait et c'est trop moche. Bref, commentaires par rapport à l'expérience du coiffeur kenyan... :

- C'est la première fois qu'on me fait les cheveux dans un endroit si beau, où je peux admirer la vue à loisir, plutôt que ma tronche dans un miroir.

- Sauf qu'en fait, je ne peux pas vraiment admirer la vue puisqu'en fait soit j'ai la tête penchée en avant (d'ailleurs elle appuie tellement que je dois résister pour ne pas me retrouver la tête sur les genoux) soit j'ai des cheveux plein la gueule.

- D'ailleurs, quand je vois la masse de cheveux que j'ai devant la tronche, j'en viens à regretter d'avoir autant de cheveux. Ca me désespère de voir à quel point c'est long. Au début j'ai eu peur, en voyant la finesse des tresses qu'elle me faisait, je me suis dit qu'à cette allure-là, j'allais devoir appeler ma compagnie aérienne pour décaler mon billet d'avion...

- A un moment je dis à la fille : "j'avais raison de penser que ça allait faire mal !". Elle me répond :"ces tresses-là, ça ne fait pas mal". Ca ne fait pas mal, ça ne fait pas mal...à toi non, forcément, ce n'est pas sur tes cheveux qu'on est en train de faire du tir à la corde ! Mais moi je te dis que ça fait mal ! Je sais ce que je dis quand même, c'est ma tête !

- Du coup je me mets à faire la liste, mentalement, de toutes ces professions payées pour nous faire mal : les coiffeurs, les coach sportifs, les esthéticiennes, les dentistes, les dermatos, etc...Certes, souvent, c'est un mal pour un bien. Faut souffrir pour être belle. Sauf que là je ne suis pas sûre d'être belle...

- Assise sur mon tabouret, les cheveux devant la tronche, j'avais l'impression d'être Samara, dans le cercle, assise sur son tabouret, dans son asile psychiatrique, des cheveux dans les yeux.

- Ca fait tellement mal qu'à un moment, j'envisage sérieusement la possibilité de dire "okay, on arrête là". Mais bon, j'aurais l'air fine avec la moitié de la gueule tressée. Obligée de finir.

- Je ne sais pas si c'est parce que la meuf ne parle pas trop anglais, qu'elle n'a rien à me dire, ou que ce n'est pas dans la culture des coiffeuses kenyanes de parler avec leurs clients, mais j'apprécie de me faire coiffer sans avoir à raconter ma vie.

- A un moment, je me demande si elle me fera payer quand même si je me mets à pleurer de douleur. Quand j'avais 10 ans, ça avait marché (je n'avais pas pleuré dans ce but, je précise). M'enfin à 25 ans, j'ai un doute.

- Mais je me dis que je représente le peuple Mzungu tout entier. Je n'ai juste PAS LE DROIT de pleurer, sinon elle va penser (puis tout le village, donc) que les blancs n'ont aucune résistance face à la douleur et sont tous des chochottes. Je me fais donc une fierté nationale de ne pas pleurer. C'est dur. Autant, tant que j'ai la tronche penchée en avant avec des cheveux devant le visage, je peux faire toutes les grimaces que je veux. Mais quand elle m'a fait les tresses de devant, plus possible de me cacher. Dur de garder mon visage impassible. Un flot d'injure se déverse dans mon cerveau. Je ne parviens pas à réprimer toutes les grimaces. Une gosse qui observe le spectacle se fait d'ailleurs une joie de m'imiter en clignant des yeux. Bon sur ce coup-là, elle se fout de ma gueule mais je ne peux pas lui en vouloir, j'en aurais fait autant. Pour me donner du courage, je me dis aller, c'est une expérience, ça te fait quelques pages de plus dans ta (future) BD !

- On change de place au moins trois fois, en fonction du soleil. A 14h30, on a terminé. Je me lève de mon tabouret et manque de m'évanouir d'hypoglycémie, de chaleur, et de douleur. Heureusement, Rebecca m'a préparé une omelette et de l'ugali !

Ensuite je descends rendre au prof de français les bouquins qu'il m'a prêté il y a plus d'un mois. Tu as eu le temps de les finir ? Qu'il me dit. Il se fout de ma gueule, lui ? Ca fait trois semaines que j'ai terminé et que je lui ai demandé de passer pour pouvoir lui en emprunter d'autres !!! Et il me dit encore : "ohhh je n'avais pas réalisé que tu partais DEJA ! C'est passé vite ! Dommage, j'aurais aimé que tu reviennes parler avec mes étudiantes. Tu ne peux pas venir demain ?". Non mais le mec, il rêve ? Ca fait quatre mois que je me fais chier et que je cherche des trucs à faire ! Ca a passé vite ! Bah pour eux peut-être mais pour moi c'est une autre histoire...Demain c'est mort, je fais MA VALISE !!! Alléluia !!!!

En ce moment, comme dirait notre ami Martin (Luther King), I have a dream. Ce rêve, le voici : je suis dans un supermarché français (détail important), dans une émission TV que j'avais vue quand j'étais petite, et dans laquelle on donnait 30 minutes aux gens pour remplir un caddie entier, qu'ils auraient gratos. Et on voyait donc les gens courir dans les rayons électro-ménager, CDs, livres, etc...Et ben moi, aujourd'hui, si on me faisait remplir un caddie, je ferai une razzia dans le rayon bouffe. Voila mon plus gros fantasme à ce jour. Je deviens moins ambitieuse et plus réaliste qu'avant...

Mercredi :

Ca me dépasse. Avec Ruth, on avait rendez-vous à la banque à 3h, pour demander son numéro IBAN, BIC, numéro de compte etc, au cas où je suis ferai un virement une fois en France (on ne sait jamais, si je gagne au loto un jour...). Donc à priori, c'était un truc qui l'intéressait (le fric). Et ben elle a réussi à être en retard quand même. Même pour ça. Elle est arrivée avec 35 minutes de retard (ce qui est raisonnable pour un africain, certes).

Ensuite, nous allons à une réunion d'adieux de mon association. Bien entendu, cela commence avec 45 minutes de retard. J'ai droit au même discours, mot pour mot, que celui auquel à eu droit Miksu, la volontaire finlandaise, en février. Elle a dû le rédiger pour le premier volontaire qu'ils ont reçu, et depuis, elle le connaît par coeur et le récite telle une poésie :

- Je ne sais pas si tu as aimé ou pas ce séjour, ce que tu as aimé, emmène-le avec toi, ce que tu n'as pas aimé, laisse-le ici, et pardonne-nous nos erreurs, on est humains, et en plus de cultures différentes, blablabla.

- Fais le bonjour de notre part à tes parents et envoie-nous des visiteurs.

- Ne nous oublie pas. Tous les volontaires, quand ils s'en vont, on n'entend plus jamais parler d'eux, à croire que c'était horrible ici (ouais ben je peux comprendre...).

Moi je dis que s'il y a bien un truc que j'ai appris ici, c'est à faire des speech. Bon, dans la vie de tous les jours, ça ne sert à rien, mais dans les mariages, ça peut servir...

Ruth dit qu'elle aurait aimé que j'épouse son fils et que je devienne sa belle-fille. Euh...comment te dire...?! Puis ils m'offrent deux tissus, un pour moi, et un pour ma mère. Ils m'enroulent dedans comme une saucisse, les bras coincés à l'intérieur, et se mettent à danser autour de moi au son de leurs youyouyouuuuuu !!

Ah oui alors à chaque fois que j'essaie de prendre une vidéo des gosses en train de me hurler Mzungu Mzungu, c'est trop chiant, ils stoppent en plein mouvement et tapent la pose pour la photo. Mais non bande de cons ! C'est une vidéo ! Hurle, pour une fois que j'en ai envie ! En fait ici, quand les gosses voient un mzungu, c'est un peu comparable à l'excitation des gosses blancs quand c'est Noël. Quand je pense qu'en Occident, les fabricants de jouets se cassent la tête à fabriquer des poupées qui pissent et qui parlent...ici, pas besoin de ça : les poupées, ce sont les petits frères, les cousins, les voisins, qu'il faut nourrir, habiller, nettoyer, trimballer partout pendant que leur mère fait ??? Ce qu'il y a de bien avec les vrais bébés, c'est qu'ils ont des fonctions que les poupées n'ont pas, du style le nez qui coule, ils ne se contentent pas de pisser, ils chient aussi, et en prime, tu as même l'odeur. Faut avouer que c'est quand même plus marrant/performant qu'une poupée. Pis c'est comme les tamagochis les bébés : quand tu t'en occupes mal, ils meurent. Bon sauf qu'en fait, si ton tamagochi meure, c'est quand même moins grave, tu as moins de chances de finir au tribunal.

J'en suis arrivée à un point de mal du pays que tout à l'heure à la banque, en attendant Ruth, je me suis assise en face du miroir, pour pouvoir regarder "une autre mzungu". Certes, ce n'était que moi, mais avec mes tresses africaines et la robe de Rebecca, c'est comme si ce n'était pas moi, je suis "déguisée".

Jeudi :

Le matin, je vais une dernière fois sur internet, "vite fait" (80 minutes). Je vais leur manquer, aux gérants du cyber. Ensuite je fais quelques photos au marché. Quand les gens me voient sortir mon appareil, tous me demandent une photo (et de leur envoyer ensuite par la poste). Puis je passe l'aprem avec Rebecca. Elle tue un coq en mon honneur. Je la vois choper le poulet, l'allonger par terre, poser le pied sur ses pattes pour l'immobiliser et lui trancher la gorge avec un couteau tout pourri. Moi je pensais qu'elle lui couperait la tête d'un coup. Que nenni. Elle a commencé à lui "scier" la gorge petit à petit pendant que le poulet se débatait. Oh mon dieu. Je ne peux pas regarder ça. J'ai la même réaction que devant les films d'horreur : je me cache les yeux en détournant la tête et en répétant "oh putain". Je me suis excusée auprès du coq mais je doute que cela suffise à racheter mon âme. Pauvre coq. Ensuite je regarde Rebecca ébouillanter le coq décapité (ah oui alors au passage, le mythe du coq qui continue à marcher une fois décapité, comme dans les Visiteurs, c'est totalement VERIDIQUE) pour lui enlever ses plumes. C'est vrai que c'est efficace. En moins de 10 minutes, un coq bien vivant était devenu un poulet blanc sans plume. Puis elle l'a coupé en morceaux et lui a brisé la colonne vertébrale pour le faire cuire. Froide dissection, commente Rebecca. C'est ça. Ensuite, on fait des chapatis. C'est moins barbare.

Il est 19h, je vois débarquer...Rose, qui vient faire son entretien final ! Elle y tient. Il fait noir, il pleut, elle est avec son gosse qui n'arrête pas de brailler, et elle habite à 1h30 de là. Elle ne s'attendait pas à ce que ce soit si loin, qu'elle dit. Maintenant elle comprend que je sois partie lundi, après l'avoir attendue trois heures. Elle n'a jamais vu un endroit pareil de sa vie, dit-elle. Ouais ben si elle était venue me voir comme elle avait dit qu'elle le ferait, elle le saurait ! Non mais je rêve. Ils envoient des volontaires dans des endroits où ils ne sont même jamais allés !

Le soir à table, on fait quelques photos. Dory n'a même pas pris la peine de venir me voir, elle dort chez sa grand-mère. Et je devrais me saigner pour payer leurs frais de scolarité, à ces ingrats ?! Bon, okay, ils ont tué un coq pour moi...Omo sort : "qui va nous ramener des biscuits maintenant ?". Ah ça c'est sûr, je vais leur manquer !

Vendredi :

Debout 5h35. A 6h05, Ruth s'impatiente. Oui bon, j'ai 5 minutes de retard, c'est pas la mort non plus hein. Quand j'ai dis que je partais à 6h, c'est parce que je prenais en compte vos 30 minutes de retard habituelles hein. Mais non, aujourd'hui, elle n'est pas en retard, pour une fois. Ruth porte mon sac en bandouillère, Omo mon petit sac à dos, et moi mon énorme backpack. Je me rassurais en me disant que la descente de la montagne, ce serait plus facile que la montée en janvier. C'était sans compter sur le raccourci que Ruth nous a fait prendre. Un raccourci qui monte pour descendre de la montagne, merci j'ai envie de dire. C'est cadeau de départ, c'est ça ? Vous voulez me faire souffrir jusqu'au bout ? Y'a pas de boue par là, qu'elle dit. Ouais ben forcément qu'il n'y a pas de boue, c'est en hauteur ! La descente de la montagne dans le noir, sous la pluie, dans la boue, avec 23 kg sur le dos et à 6h du mat', je m'en souviendrai...Arrivés à Kima, Ruth me serre contre ses gros seins, me dit de ne pas les oublier (= de leur envoyer du fric), je fais la bise à Omo et Naomi, super gênés et je monte dans un premier matatu jusqu'à l'intersection, puis dans un second matatu jusqu'à l'arrêt de bus, puis enfin dans le bus. Dans le premier bus (jusqu'à Kisumu), il pleut LITTERALEMENT. J'ai l'impression d'être dans les bûches de Bellewaerde. Je suis tellement trempée que je suis obligée de changer de place. Alors que dehors, il ne pleut même pas ! Puis je monte dans un deuxième bus de Kisumu à Nairobi. Je me retiens de péter un câble sur le mec d'à côté qui me colle alors qu'il laisse de la place entre lui et sa voisine de droite, avec qui il parle pourtant. Je passe le trajet à lui lancer des regards noirs pendant que lui me reluque. A un moment, je m'énerve et lui demande de me laisser un peu plus de place (non mais sérieux, pourquoi il ne s'assoit pas AU MILIEU de son siège ??? Il veut venir s'asseoir sur mes genoux ou quoi ?). Il se décale un peu, l'air de dire, je comprends pas pourquoi elle s'énerve, cette folle, et 5 minutes plus tard, rebelote, le voilà qui me colle à nouveau. Je suis à deux doigts de mesurer l'espace entre lui et sa voisine (30 cm) et celui entre lui et moi (0 cm) avec mes mains pour lui montrer le déséquilibre. Je me retiens de le repousser du coude et du genou. Une fois je craque, je le repousse d'un coup alors qu'il me fout un coup en enfilant son pull. Il le fait exprès, c'est pas possible autrement. On arrive à Nairobi à 16h. J'attends dans la salle d'attente 5 minutes, un gamin fout des coups de pied dans mon siège, je lui chope le pied et le suspend en l'air la tête en bas en le secouant bien fort (mais bien sûr Manon, rêve toujours), puis Cosmas, le chauffeur de KVDA me récupère avec la voiture de l'assoc. Oui, car comme je suis une grande malade (=parano), j'ai demandé à KVDA qu'on vienne me chercher en voiture privée pour éviter de prendre un matatu et donc éviter les risques d'attentat (en même temps, même si je suis un peu parano, les risques sont réels...). A la base, j'avais prévu d'aller visiter le musée national de Nairobi, quand je serai de retour sur la capital, mais finalement, j'ai changé d'avis, trop de trucs qui se passent en ce moment, pas envie que mon crâne finisse dans l'état de ceux du musée de Nairobi (on peut y voir les plus anciens crânes retrouvés). Je veux que ma soeur fête son enterrement de vie de jeune fille dans deux semaines, pas l'enterrement de sa soeur. Arrivée à KVDA, je vais acheter du chocolat et des chips. J'ai le droit, j'ai tenu 4 mois et demi (ce n'est pas un exploit sportif, d'accord, mais c'est un sacré exploit mental !). C'est ma récompense.

Le soir, je discute avec trois autres volontaires françaises. Elles ont "à mort kiffé". Petites précisions : elles sont restées trois SEMAINES. Elles étaient à DIANI (c'est à dire à la plage, sur l'océan indien, eau turquoise, sable blanc et tout le tintouin). Elles étaient à trois dans la même famille. Elles bouffaient bien et varié. Leur famille ne leur parlait pas de fric tout le temps. Et elles faisaient des trucs concrets dans leur assoc. Bref, ceci explique cela.

Samedi :

Je passe deux heures à remplir leur feuille de feedback. Pas assez de place pour écrire tout ce que j'ai à dire...Je dis toute la vérité, rien que la vérité...

Nuit de samedi à dimanche :

A 3h du mat', je prends un taxi pour aller rejoindre mes parents à l'aéroport, notre guide et partir en vacances :) Le calvaire prend enfin fin, maintenant, ce ne sera que pur plaisir !

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